1765-1767 – LE QUÉBEC, TERRE D’ACCUEIL POUR LES DÉPORTÉS ACADIENS

L’histoire des déportés de Chignectou

Les Acadiens de la région de Chignectou, au Nouveau-Brunswick, sont les premiers à être arrêtés par les autorités britanniques en 1755. Le fort Beauséjour capitule le 16 juin 1755. Le 17 juin, les soldats anglais en prennent possession et le renomment fort Cumberland.

 

Le 18 juin, le colonel Robert Monkton ordonne aux Acadiens de remettre leurs armes aux autorités britanniques. Le 20 juin, environ 300 Acadiens lui obéissent.

 

Le 28 juillet, le gouverneur de la Nouvelle-Écosse, Charles Lawrence, renonce à faire signer un serment d’allégeance aux Acadiens et décide plutôt de les déporter.

 

Quelques jours plus tard, le colonel Monkton demande aux hommes acadiens de se rendre au fort Cumberland. Ces derniers sont faits prisonniers et amenés au fort Lawrence. Malgré la croyance générale, il n’était pas dans l’intention des autorités britanniques de séparer les familles. La stratégie du gouverneur Lawrence consistait à mettre le feu à tous les villages, obligeant ainsi les femmes et les enfants à rejoindre leurs maris, leurs pères et leurs frères incarcérés.

 

L’abbé François Le Guerne, qui officie dans cette région, ne croit pas que les Britanniques oseront séparer les hommes de leur famille. Il est également convaincu que, si les femmes se rendent avec leurs enfants, les Acadiens perdront de façon définitive leur religion. Bon nombre d’entre eux l’écoutent et vont se cacher dans les bois avec leurs enfants, pour ensuite gagner l’île Saint-Jean ou rejoindre l’officier canadien-français Charles Deschamps de Boishébert, aux abords de la rivière Miramichi.

 

Le 21 août 1755, le premier des navires qui doit déporter les Acadiens arrive à Chignectou. Le colonel retarde son projet devant l’absence des femmes et des enfants. Après plusieurs semaines d’attente, une flottille de 10 navires quitte Chignectou, en direction de la Caroline du Sud et de la Géorgie, le 13 octobre 1755, avec à son bord des hommes seuls. Certains d’entre eux reviendront au Québec retrouver les épouses et les enfants dont le destin les avait séparés.

Sur l’un de ces navires, le Syren, se trouvait un groupe de 21 hommes qualifiés de dangereux et placés sous haute surveillance : le célèbre Alexandre Broussard, dit Beausoleil, et son fils Victor, Joseph et Michel Thibodeau, Pierre Vincent, Jean Brun, Pierre Cyr, Pierre Forest, Bernard Gaudet, Pierre Girouard, Joseph Leblanc, Jean Lord, Pierre Martin, Olivier Saulnier et Jean-Baptiste Sauvage.

 

Les Broussard et les Thibodeau parviendront à se sauver de Caroline du Sud et regagneront le Québec dès 1756. Les Thibodeau rejoindront leurs épouses dans la ville de Québec et choisiront d’y demeurer. Quant aux Broussard, ils rejoindront leur famille qui se trouve avec Boishébert.

 

La plupart des hommes du Syren seront de nouveau déportés vers l’Angleterre, puis envoyés à Rochefort, en France, où la grande majorité mourra. Pierre Girouard, esprit combattant d’Acadie, échappe à la mort. En effet, les registres de la ville de Deschambault indiquent que le 18 février 1760, il épouse en secondes noces une dénommée Madeleine Doucet. Pierre Girouard et sa famille iront ensuite s’installer à l’Assomption, où il mourra en 1763. Il a eu trois enfants, dont deux fils, Jean-Baptiste et Pierre Girouard. Les Girouard de Lanaudière comptent parmi leurs ancêtres un homme qu’on peut appeler un Acadien batailleur de premier ordre.